Camino Frances St jacques
Chemin de Compostelle,  Randonnée,  Récit d'aventure

Randonneuse ou Pèlerine ?

Avant de partir, je m’étais interrogée sur ma légitimité à marcher sur le Chemin de Compostelle du fait que je n’étais pas catholique. Sur le chemin, on entend parfois les gens s’identifier au pèlerin d’autrefois, d’autres se disent en pèlerinage spirituel, ou bien se dissocient complètement de l’aspect religieux pour se qualifier de « simple randonneur ».

Et moi, dans tout ça, a quoi est-ce que je m’identifie ? Une fois rentrée, je me suis donc interrogée et j’ai eu envie de répondre à cette question…est-ce que je me sens plus pèlerine ou randonneuse ?

Voici un petit article sur mes réflexions à ce sujet, qui vient forcément effleurer l’esprit à un moment ou un autre, lorsqu’on part pour 3 mois de marche vers Saint-Jacques de Compostelle.

Tout au long du chemin, ma vision a beaucoup évolué. Au départ, je ne me sentais absolument pas pèlerine. Je ne savais pas grand chose du Chemin de Compostelle, de son histoire ou de ses traditions. J’avais à peine idée de ce qu’étaient la Crédentiale ou la Compostela.

J’étais partie sans vraiment me renseigner, parce que j’avais l’appel de ce chemin, mais je pensais que je voulais garder toute la découverte pour la route. Alors, je me sentais vraiment plus vagabonde errante sur les chemins que réelle pèlerine en marche vers les reliques de Saint-Jacques.

Et puis, avant mon départ, je m’étais surtout préoccupée de ma préparation matérielle. Et j’étais tellement soucieuse du poids de mon sac à dos que j’allais porter que j’en étais même arrivée à peser au gramme près chacun des objets que j’emportais dans mon sac (j’ai d’ailleurs écrit cet article détaillé sur l’ensemble de mon équipement). Je me sentais donc plus proche de la randonneuse soucieuse de son équipement, et l’esprit pèlerin que l’on trouve sur le chemin était encore quelque chose d’obscur pour moi lorsque je partais du Puy en Velay sur le GR 65.

Néanmoins, je ne partais pas dans l’idée que ce chemin soit un défi sportif, et j’étais bel et bien dans une démarche qui ressemblait à la quête spirituelle.

Petit à petit au fil du chemin, les choses ont commencé à changer. Sur ma route, j’ai rencontré un très grand nombre de personnes qui connaissaient déjà de près ou de loin ce chemin, j’ai découvert toutes les attentions faites pour les pèlerins, les lieux d’accueils dédiés, la chaleur des hospitaliers… J’étais loin, si loin, d’imaginer que ce chemin si différent d’un sentier de Grande Randonnée classique (comme on peut en trouver partout en France).

Et puis sur ce chemin si bien balisé, où le ravitaillement est très facile, et les rencontres sont nombreuses, j’ai vite pu lâcher prise. Je dormais sous mon tarp en immersion dans la nature, je n’avais rien à planifier, je vivais au jour de jour. Tout ce que je savais en me réveillant le matin par le chant des oiseaux et la douceur du soleil levant, c’était que j’allais passer la journée à marcher. Et j’en était enchantée.

Alors qu’est-ce que c’est qu’un « vrai » pèlerin ?

En chemin, j’ai pu découvrir un peu plus l’atmosphère et l’ambiance de « Compostelle ». Néanmoins, mes questionnements sur le fait d’être ou non un pèlerin me travaillaient toujours.

Qu’est-ce que c’est, d’abord qu’un « vrai » pèlerin ? Je crois que la réponse est bien plus simple qu’on ne le crois (ou qu’on ne veuille le croire…). A mon sens, un pèlerin, c’est celui qui marche sur ce chemin, de quelque manière qui soit. Que l’on dorme à l’hôtel, que l’on dîne au restaurant, que l’on fasse porter ses bagages, que l’on marche un jour ou bien durant des mois, que l’on parte de chez soi en laissant tout derrière, que l’on dorme dans la nature, que l’on ai pas un sous en poche, que l’on marche certaines étapes et pas d’autres…à chacun son chemin.

Celui qui décide de faire son premier pas sur le chemin de Compostelle, qui ressentent cet appel et qui décident de partir pour marcher sur ce chemin. Voilà, ce qu’est, selon moi, un pèlerin.

Il y a autant de chemins de Compostelle qu’il y a de personne qui le marchent.

Car je suis convaincue que c’est la diversité de ce chemin qui en fait aujourd’hui sa très belle richesse. Les personnes que l’on rencontre sur le chemin sont toutes issues de milieux si différents, avec des parcours de vie variés. Et ce qui nous rassemble tous, c’est ce chemin : nous sommes en marche, avec un objectif commun.

Et la religion dans tout ça ?

Au sens strict du terme, on pourrait tout simplement se référer à l’aspect religieuse du terme « pèlerin ». Au quel cas, toute personne qui n’est pas dans la foi chrétienne ne pourrait être considéré comme un pèlerin. Mais aujourd’hui, combien sont les marcheurs en route vers Compostelle avec une démarche pieuse ? Et lorsqu’on se renseigne un peu sur l’histoire de ce chemin, on pourrait même se poser la question pour les pèlerins d’autrefois…tous ne partaient pas en fervent chrétien.

De plus, la définition que l’on peut trouver dans le dictionnaire permet d’ajouter une certaine nuance : « Tout pèlerinage est un voyage effectué par un croyant, vers un lieu de dévotion. »

L’image du pèlerin de Compostelle est donc évidemment, au même titre que les grands pèlerinages vers Rome et Jérusalem, liée à la religion chrétienne. Toutefois, il faut se rappeler qu’historiquement, le tracé du Camino Francés serait similaire à un pèlerinage païen qui menait alors jusque Fisterra.

Vu de cet angle, et étant partie dans une démarche spirituelle en répondant à l’appel du Chemin de Compostelle, je n’ai personnellement pas de problème à me définir aujourd’hui comme pèlerine bien que je ne sois pas de confession catholique.


Paradoxalement, c’est en rentrant chez moi que je me suis finalement pleinement identifiée à la pèlerine. Car c’est en retournant à ma réalité que je me suis rendue compte du chemin parcouru, et de l’ampleur que cette merveilleuse aventure avait eu sur moi.

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