grande traversée du jura randonnée
Randonnée,  Récit d'aventure,  Récit de voyage

10 jours sur la Grande Traversée du Jura

Après avoir marché pendant 3 mois en été sur le Chemin de Compostelle, je suis rentrée chez moi avec une seule idée en tête : marcher. J’ai donc décidé de repartir en randonnée dès l’automne, et cette fois à travers le Jura !

La Grande Traversée du Jura est un itinéraire traversant les montagnes du Jura sur plus de 400 kilomètres, du Doubs jusqu’à l’Ain. Très bien balisée par un logo spécifique, la Grande Traversée du Jura emprunte différents chemins de Grande Randonnée, dont les mythiques GR 5 et GR 9. Si j’ai personnellement choisi de faire cette randonnée à pieds, la GTJ est aussi aménagée pour VTT et randonnée équestre.

Pour tout connaitre de ma préparation pour cette aventure ainsi que le matériel que j’ai emmené dans mon sac à dos, c’est dans cet article : Grande Traversée du Jura : ma préparation

C’est donc au mois de Septembre dernier, sous un grand soleil resplendissant, que je suis partie pour une dizaine de jours en solo et en bivouac sur la GTJ. Entre combe, cluse et monts, les paysages bucoliques et verdoyants du Jura m’ont très vite charmés.

Concernant mon matériel, je suis partie avec un sac à dos 40 litres, et environ 12 kilos sur le dos. Les températures s’étant révélées bien plus élevées que ce à quoi je m’attendais, j’ai rapidement renvoyé un colis chez moi, pour ne porter plus que 9 kilos sur la fin de ma randonnée.

Au fil du chemin, j’ai croisé très peu de marcheurs, probablement car c’était la fin de saison. Les gîtes étaient d’ailleurs assez difficiles à réserver, car la plupart étaient déjà fermés. J’ai donc tout simplement opté pour faire encore plus de bivouac que prévu.

Mon itinéraire : Pontarlier ➡ 3 km Fort Mahler ➡ 13 km Malbuisson ➡ 13 km Gros Morond ➡ 18 km Mouthe  ➡ 17 km Foncine-Le-Haut ➡ 18 km Lac de Bellefontaine ➡ 16 km Les Rousses ➡ 26 km Lajoux ➡ 7 km Les Adrets ➡ 17 km Le Berbois ➡ Lélex 11 km

Jour 1 : Départ de Pontarlier

Je suis déposée par covoiturage en fin d’après midi sur le début du chemin. Je dois marcher 3 kilomètres pour rejoindre le sentier balisé de la fameuse Grande Traversée du Jura, sur laquelle je m’apprête à vagabonder avec grande joie.

À peine ai-je fait quelques pas que je croise sur mon chemin une fermière qui rentre ses vaches à l’étable. Me sentir de retour dans la campagne me réjouit infiniment. La route devient vite un chemin caillouteux qui grimpe dans la forêt. Je rencontre un premier point de vue sur le château de Joux, situé à l’extrémité d’un promontoire dominant une cluse de plus de 100 mètres

Arrivée au fort Mahler (qui fut construit pour protéger le château de Joux), je rejoins le sentier officiel de la GTJ. Il est déjà 19h et je décide de m’arrêter quelques kilomètres après, devant un second point de vue sur le Châteaux de Joux.

Jour 2 : du Fort Mahler à Malbuisson

Le lendemain matin, je me réveille naturellement avec le lever du soleil. Je prends mon petit déjeuner avec les chevreuils qui se promènent, juste là, à quelques mètres de moi, imperturbables. Puis je remballe mes affaires et enfile mon sac à dos. J’ai une belle journée de marche devant moi.

Mon topo guide me l’annonçait: « De Pontarlier aux Rousses, redécouvrez le sens du mot bucolique » , et il faut dire qu’il n’a pas tord. Je traverse les pâtures de vaches, de moutons  et de chevaux. Les rayons du soleil viennent me caresser le visage. L’odeur de la terre humide me ravit. Je ferme les yeux et inspire longuement pour m’imprégner du moment.

J’arrive au-dessus de l’impressionnant lac Saint-Point, qui scintille au soleil. Situé à une altitude environnant les 900 mètres, ce lac est la troisième plus grande étendue naturelle d’eau de France (avec 398 ha). En été on s’y baigne et on y pêche tandis qu’en hiver on vient patiner sur la surface gelée du lac, offrant un paysage naturel féérique.

Je dépasse le petit village de Malbuisson, et peu après une première montée dans la forêt, je décide de m’arrêter là. Je me prépare un petit feu pour me chauffer une bonne soupe. En à peine deux jours de marche, je sens déjà que le temps ralenti. Je me cale sur le rythme de la nature. Lorsque le jour décline, je me glisse dans mon sac de couchage avec délectation. Et bien que je n’ai marché que 15 kilomètres aujourd’hui, j’ai l’impression que ça a été une grosse journée.

Je réalise que mon sac à dos pèse sur mes épaules. À chaque pas que je fais, je le sens. Et mon sac de couchage, accroché sur le dessus, ballotte de gauche à droite. Je suis mal organisée et mes choix en termes d’équipements n’ont pas été assez drastiques. Et avec les températures qu’il fait, je porte du matériel inutilement…C’est décidé je passerais à la poste dès le lendemain.

Jour 3 : De Malbuisson au refuge du Gros Morond

Ce matin, je me lève tranquillement avec le lever du jour. Je traverse une partie le long d’un chemin de fer touristique. Arrivée au village des Hôpitaux-Neufs, je suis bien décidée à me délester en passant à la poste. Les températures sont encore élevée aujourd’hui, et je me sépare de plusieurs choses qui m’encombrent. Mon sac à dos étant top lourd je décide aussi de me séparer de mon réchaud et ma popote.Manger froid ne sera pas si grave, et je pourrais toujours me faire à manger dans les refuges.

Depuis Hopitaux-Neufs, une grosse montée  m’attends à travers les pistes de ski de la station Métabief. Hiver comme été, cette station jouit d’une grande réputation. En hiver le ski de fond et le ski alpin attirent un large public tout comme en été avec ses pistes de  VTT. J’arrive enfin au sommet du Morond, donnant une belle vue sur le Mont D’or.

Le sentier redescend ensuite jusqu’à un réservoir, et je vois sur la droite un chemin qui descend vers une pâture. C’est celui que je dois emprunter pour me rendre au refuge du Gros Morond, que j’ai réservé pour la nuit. Cela me fait une petite journée de 13 kilomètres seulement, mais j’avais bien envie de me poser un peu aujourd’hui. Je profite d’avoir de l’eau à disposition pour me prendre une bonne douche et laver mes vêtements. Le refuge étant en gestion libre, je ne croiserais personne de la soirée.

Je passe la soirée sur la terrasse du refuge, à manger ma petite soupe et mes chapatis maison (petites galettes faites à base d’eau et de farine), avec le chant des oiseaux et le soleil couchant. J’aurais bien fait une pause de plusieurs jours ici.

Jour 4 : Du Morond à Mouthe

Je prends mon temps dans le refuge et part tard. Le ciel est nuageux et lorsque j’arrive au sommet du Mont d’or, à 1360 mètres d’altitude, la vue n’est pas dégagée. Pas de chance pour moi,  je n’apercevrai pas le Mon Blanc, malgré les jumelles prêtées par un autre marcheur. Le panorama n’en est pas moins grandiose.

Le chemin continue en passant à nouveau dans les pâtures, et je m’émerveille de voir à quel point le paysage est vraiment très vert. Puis, le sentier se transforme en forêt. Il faut dire que plus de 40% du territoire des montagnes du Jura sont couverts de forêts, et davantage encore vers les sommets. Les paysages haut-jurassiens se caractérisent par de vastes étendues forestières entrecoupées de clairières et de pré-bois, se répartissant en zone d’ombre et de lumière de manière idéale. Entre 800 et 1000 mètres règnent les sapins appelés « Joux » (que l’on retrouve dans les noms des foreês de la Joux, de la Haute-Joux, et dans les noms de villages Mijoux, Lajoux). L’autre  résineux emblématique que l’on retrouve dans les montagnes du Jura est la « Pesse », ou l’épicéa, qui pousse au-delà de 1000 mètres d’altitude.

Le chemin débouche finalement sur les sources du Doubs, juste avant le petit village de Mouthe. Situé à environ 1000 mètre d’altitude et au fond du combe, le froid stagne et s’accumule dans ce charmant village. En hiver, des records de températures allant jusque -45°C ont été enregistrés en 1985 !

Je me réapprovisionne en nourriture et en eau puis je décide de dépasser le village et de  trouver rapidement un lieu pour la nuit. Un peu plus loin, je trouve un petit coin dans les bois un peu au-dessus du chemin. Je plante ma tente et m’installe. Alors que je lis tranquillement, une petite averse me pousse à m’abriter sous ma tente, où je continue ma lecture. Soudain, j’entends les cloches des vaches qui se font de plus en plus proches. Bientôt, le son est tellement fort qu’on dirait que le troupeau est là, juste à côté de moi. J’ouvre alors le zip de mon entrée et passe la tête hors de la tente…et je tombe nez à nez avec un troupeau de vaches curieuses ! Je n’ai pas fait attention et je suis dans un enclos…Bon, j’attends de voir ce qu’elles font, ce n’est pas dangereux des vaches, non ?

Après quelques minutes à m’observer, intriguées, les vaches repartent et je me sens soulagée. Mais une vingtaine de minutes plus tard, les vaches reviennent me voir. J’hésite. Le soleil est en train de se coucher, il va faire bientôt nuit. Il faut que je me décide maintenant. Alors vite, je remballe tout mon sac à dos, démonte ma tente et zou, je repars la toile mouillée sous le bras, bien décidée de me trouver un autre lieu pour dormir. Je sors de l’enclos des vaches et m’aperçois que les quelques kilomètres qui me séparent du prochain village ne sont que des pâtures.

Zut ! Je rebrousse chemin…Le pâturage dans laquelle je m’étais installée est immense et n’en fini pas… Tant pis ! Il fait déjà presque nuit, et je me trouve un petit coin à l’arrache entre les barbelés. Ce n’est pas le mieux, surtout que je suis juste sur le bord du chemin.

Jour 5 : de Mouthe à Foncine-Le-Haut

Au petit matin, je me réveille rapidement, remballe mon camp et mange mon petit déj’ en route. En bivouac, je déteste ne pas passer inaperçu et je ne veux pas courir la chance que quelqu’un qui passe sur le chemin puisse me voir.

Le temps est gris aujourd’hui et menace de pleuvoir. Je marche à nouveau les quelques kilomètres déjà parcourus la veille, puis arrive au petit village des Pontets. Je le traverse, et alors que je sors du village, je rencontre un chien, comme surgit de nulle part. Il est tout trempé et vient me voir gaiement. Je lui donne une caresse et continue mon chemin en me disant que ce doit être un chien du village.

Mais le chien commence à me suivre alors que je m’éloigne de plus en plus du village…Je me dis qu’il va finir par faire demi-tour. Mais il continue avec moi. Dès que je m’arrête, il revient vers moi et m’attend. Alors je regarde une première fois son cou pour voir s’il a une médaille. Mais rien qu’un collier sans nom ni adresse… Je décide de continuer à marcher, je demanderais au prochain village si quelqu’un connait ce chien.

Au fur et à mesure que j’avance, je frappe à toutes les portes, notamment chez les fermiers, mais personne ne le reconnait. J’appelle même la mairie des Pontets, mais ils me disent ne pas reconnaître le chien que je leur décris. Je suis à la fois découragée et heureuse, car le chien est si content de marcher avec moi, il court, saute dans les flaques, vient me demander un câlin puis repart de plus belle.

J’arrive au belvédère du Bulay (1140 m), qui offre un vaste panorama sur la chaîne jurassienne. Je commence à être fatiguée, et cette histoire de chien me tracasse. J’espère que l’arrivée au prochain village ne tarde pas. Le chemin redescend doucement à travers un sentier botanique présentant la flore locale. J’arrive enfin, après 27 kilomètres de marche avec le chien qui me suit toujours, à Foncine-Le-Haut, où j’espère trouver de l’aide. Je vais donc au camping municipal pour y passer la nuit, et essayer de trouver une solution pour ce chien.

Jour 6 : Foncine-Le-Haut

Et si vous souhaitez avoir l’histoire complète de ce chien, je vous la raconte dans  cette petite vidéo VLOG que j’ai réalisée sur le chemin :

Pour la fin de l’histoire, le chien a retrouvé son maître à la SPA de Morêt. Ce fut un grand soulagement pour moi lorsque celui-ci m’a appelé pour m’annoncer la nouvelle !

Je m’accorde une journée de repos après toutes ces émotions. J’en profite aussi pour me rendre aux sources de la Saine, que j’avais vues hier sur mon chemin, mais sans m’y rendre. Depuis le sentier de la GTJ, c’est un petit aller-retour d’environ 20 minutes, qui vaut vraiment le détour. C’est un site  très pittoresque et frais où l’eau souterraine trouve son chemin vers la surface au travers des blocs de pierre. En plus, un troupeau de chèvres y vit en liberté.

Le soir, je dors une deuxième nuit au Camping de Foncine-Le-Haut.

Jour 7 : De Foncine au lac de Bellefontaine

Il fait très humide lorsque je sors de ma tente ce matin. Je me lève tôt, petit déjeune dans la salle mise à disposition pour les campeurs. Puis j’attends que la supérette du village ouvre pour me réapprovisionner, et me prends un petit café au soleil avant de reprendre la route. A la sortie de Foncine-le-Haut, le sentier monte à travers un chemin de croix, donnant à son sommet une belle vue sur le village. Vers 11h, je mange et me fais une petite sieste. Je sais que je n’ai pas prévu de marcher beaucoup aujourd’hui. Je pense beaucoup au chien. J’imagine à quel point il aurait été heureux de gambader avec moi aujourd’hui encore, et cela me fait un petit pincement au coeur.

Je continue mon chemin et passe par le village de Chapelle-des-bois, situé dans une combe à 1080 mètres d’altitude, et bordée de tourbière en son point bas. On est dimanche et tout est fermé, je continue donc et décide de pousser jusqu’aux lacs que je vois sur ma carte. L’idée d’avoir une chambre avec vue sur lac pour la soirée me plait bien. J’arrive alors à la Caserne des Douanes (1133 m), qui donne une très joli point de vue sur le lac des Mortes, le lac de Bellefontaine et ses tourbières. A l’ère glacière, les vallées et combes creusèrent le paysage du Jura. Lorsque les glaciers se retirèrent, les lacs et les marais les remplacèrent, comme ici.

Je sors du sentier pour descendre jusqu’au lac dès que j’en ai la possibilité. Je me trouve, juste sur le bord du lac, un perfect spot pour y poser la tente. En m’installant ici, je sais que la nuit sera fraîche mais la vue est trop belle pour renoncer à ça.

Jour 8 : du lac de Bellefontaine aux Rousses

Ce matin, le réveil est très humide. Une grosse brume a envahi le lac et se lève doucement, c’est beau. Je passe du temps à rêvasser dans mon sac de couchage, je n’ai pas envie de me lever dans le froid du matin. Puis vers 8h, je finis par me lever et remballer mes affaires.

Je marche jusque Bellefontaine, où je m’arrête pour un petit café en terrasse. Puis je continue et entre dans la forêt de Risoux, avec de belles montées abruptes. En plus le sentier est très accidenté… et le balisage a disparu, car les arbres ont été coupés ! Heureusement j’ai la carte et le GPS sur mon téléphone pour me ne pas me perdre.

Environ 200 mètres avant Roche-Franche, le chemin passe au pied d’un rocher, appelé Le Livre D’Or du Risoux. Cette grande roche est gravée de multiples inscriptions à l’origine funéraires, datant des premières années de la République lorsque cette dernière avait fermé les lieux de culte. Une fois sortie de la forêt, le sentier devient de la route goudronnée sur une longue période, jusqu’aux Rousses. Il est 15h lorsque j’y arrive. Le chemin m’a paru long et j’ai manqué de me perdre à plusieurs reprises, en prenant presque inconsciemment les petits chemins qui bifurquaient dans le bois alors que je devais rester sur le macadam.

C’est étonnant d’arriver soudainement dans une ville alors que j’ai passé les derniers jours entre petits villages et nature. J’ai très faim en arrivant, et me précipite sur la première boulangerie que je trouve. Puis je passe au supermarché pour me réapprovisionner. Je reprends ensuite la route, il est hors de question que je m’arrête en ville, même si j’aurais surement pu y trouver un gîte pour la nuit. Je passe par le fort des Rousses. Puis le sentier se prolonge dans la forêt. Je me trouve un spot pour dormir sur le bord du chemin. J’appelle des refuges pour le lendemain soir, mais ne reçois que des réponses négatives…tout est déjà fermé à la mi-Septembre. Tant pis, j’aviserais demain.

Jour 9 : des Rousses à Lajoux

Le sentier grimpe en pente raide dès ce matin. Je passe par une jolie cascade puis par les charmant valons du bief de la chaille et celui de la Cressonière. Je ne peux qu’être reconnaissante devant ces paysages baignés dans la lumière du matin, silencieux, verdoyants. Le sentier m’amène à nouveau à monter sur les pentes des pistes de ski. Je suis totalement essoufflée lorsque j’arrive au point de vue et je décide de m’y arrêter pour y faire une pause.

La suite du chemin s’avère être encore de la grosse montée. Comme je n’ai rien pu réserver la veille, j’espère pouvoir dormir au Chalet de la Frasse que j’ai vu dans le topo guide. Mais lorsque j’y arrive j’apprends que je ne peux que m’y réapprovisionner en eau, car étant hors saison, il ne proposent plus l’hébergement. Je continue alors mon chemin, toujours en montée, jusqu’au Crêt Pela (1495 m), sommet du département du Jura.

J’appelle pour trouver un refuge pour le lendemain et fini par en trouver un pas trop cher et ouvert (Le refuge des Adrets, un peu hors du sentier de la GTJ). Du coup, comme le refuge n’est qu’à 11 kilomètres de là, je peux dès maintenant me trouver un endroit pour planter ma tente, bien qu’il ne soit que 15h. Je regarde en détail ma carte sur le téléphone pour repérer un lieu. Je décide de retourner un peu sur mes pas, mais sans succès, le sol de la forêt est très accidenté. Finalement, je suis contrainte de continuer jusqu’à sortir du bois. Mais la forêt débouche sur une pâture…

J’hésite, et finalement décide de m’y engager en me disant que l’enclos ne dois pas être si grand. Mauvais choix, car je découvre en marchant que la pâture dans laquelle je vient de m’engager est  immensément looooongue. Et surtout que les pâtures s’enchaînent les unes à la suite des autres sans endroit libre où pouvoir me poser. Grrr ! Je me retrouve contrainte de marcher presque 7 kilomètres de plus avant de sortir enfin des enclos… Il est déjà 17h30 lorsque je me pose enfin, dans un petit bois.

Jour 10 : de Lajoux au refuge des Adrets

Il ne me reste que 3 kilomètres de marche pour rejoindre le village de Lajoux. Je décide donc d’y faire une grosse pause et même de me gâter en mangeant au restaurant le midi. Après tout j’ai du temps à tuer. En début d’après midi, je reprends la route vers le refuge des Adrets à seulement 7 kilomètres de là. Arrivée aux Molunes, je sors du sentier officiel de la GTJ sur 1,5 kilomètres pour atteindre le refuge. Le propriétaire n’est pas là lorsque j’arrive mais il m’a tout expliqué au téléphone lorsque j’ai réservé.

Je m’installe donc tranquillement dans le dortoir et profite de la douche. Vers la fin d’après-midi le propriétaire, surnommé Patou, se présente à moi et m’offre une accueil super chaleureux ! Il m’invite même à prendre l’apéro sur sa grande terrasse, avec pour paysage le soleil couchant sur les vallons verdoyants, et ses deux adorables toutous étendus à nos pieds. Finalement, Patou me donnera même de quoi manger pour le dîner (une bonne soupe de légumes du jardin et du lard salé). Miam. Les Adrets est un véritable cocon lové dans un petit val calme, où seules les cloches de vaches résonnent. Je m’y sens vraiment comme à la maison. Cette nuit, je serais seule dans le refuge en dortoir. Patou me confirme que la saison est presque finie et que les randonneurs se font plus rares à cette période.

Jour 11 : des Adrets au Berbois

Je me réveille tardivement et Patou m’invite à petit déjeuner avec lui. Il me dit que je reviens quand je veux faire du wwoofing ici. L’idée est bien tentante pour une prochaine fois ! C’est donc le cœur joyeux que je quitte Les Adrets. Je remonte sur le chemin aux Molunes puis marche 6 kilomètres jusqu’à Moussière. Je me réapprovisionne à la supérette du village et pique-nique. Le chemin continue agrémenté de douces montées et descentes, entre forêts et pâtures. Arrivée à l’Embossieux, je décide de ne pas prendre la bifurcation pour faire détour à La Pesse, j’ai encore assez de provisions pour tenir jusque le lendemain à Lélex. Je continue donc sur la GTJ officielle, dépasse un élevage de bison, et sort du sentier pour trouver coin tranquille pour poser ma tente en forêt.

Je suis désormais dans la Forêt du Massacre. Le nom de cette forêt remonte à 1555: suite à la guerre de cent ans, Genève est devenu un important centre de commerce européen. François Ier, allié des Nernois, envoie un détachement de 1000 mercenaires italiens défendre la ville. Remontant la vallée de la Valserine pour franchir le col de la Faucille, sa troupe se heurte à l’armée du duc de Savoie. Repoussés, les soldats sont massacrés sous le coup des haches savoyardes.

Jour 12 : de Berbois à Lélex

Je n’ai plus que 12 kilomètres à marcher pour rejoindre Lélex, mon point d’arrivée de mon parcours sur la GTJ. Je me réveille tôt me motive pour ne pas arriver trop tard à Lélex. Le sentier est principalement constitué de forêt.

J’arrive à la Borne au Lion à 1289 mètre d’altitude. C’est un haut lieu historique situé à la croisée des chemins. On y trouve une borne, jadis nommée borne des trois Empires. Cette pierre historique posée en 1613, marquait la frontière entre le Bugey, la Franche-Comté (ancienne possession espagnole) et l’enclave savoyarde. C’était également un lieu de la résistance pour les maquis de l’Ain pendant la Seconde Guerre Mondiale. D’ici il est possible de faire un détour pour se rendre au Crêt de Chalam. Situé à 1700 mètres d’altitude, ce Crêt offre un sublime point de vue sur les Monts-Jura, à ne surtout pas manquer si vous êtes dans la région !

Sublime point de vue depuis le Crêt de Chalam

Puis j’attaque une groooosssseee descente raide en forêt, très glissante, à cause de l’amas de feuilles mortes sur le chemin. Puis le sentier rejoins le petit village de Lélex. C’est ici que s’achève mon parcours sur la Grande Traversée du Jura.

Cette expérience en immersion totale dans la nature du massif jurassien m’a énormément plu et permis de me ressourcer totalement. C’était un véritable délice de découvrir des paysages aussi charmant à pied, et sans croiser grand touristes. Et j’espère vivement que le récit de mon aventure en encouragera certains d’entre vous à partir à la découverte du Jura, si ce n’est pas déjà fait !

Un commentaire

  • france55

    Toujours tres interessant de lire tes aventures de marche. C’est une bonne facon de connaitre ton pays. En Europe tout est tellement mieux organise pour les rando qu’ici au Canada. Tu as de la chance. C’est assez incroyable que tu avais encore tout plein d’energie pour cette aventure a pied alors que tu rentrais de 3 mois sur le Camino. Bravo ! J’ai bcp apprecie les photos et le texte aussi bien sur !

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