Réflexions de voyage

Voyage de Consommation

En introduction à ce texte, je souhaitais préciser que j’ai longtemps voulu voyager et vivre au fil de la route qui se présentait à moi. Au cours de cette vie d’aventures, j’ai notamment passé 2 ans en PVT au Canada, et je suis aussi partie marcher 3 mois sur le Chemin de Compostelle. Voici donc aujourd’hui, suite à toutes ces diverses aventures, une réflexion sur mon mode de vie.


Alors que j’étais adolescente, j’ai commencé à avoir un goût prononcé pour tout remettre en question. Plus je m’éveillais au monde qui m’entourait, et plus j’en étais dégoûtée. Je découvrais une société basée sur un principe unique : la consommation. Une société où travailler n’a que pour but de payer son logement, sa nourriture, ses factures et puis des objets, toujours plus d’objets. Courir après l’argent. Vivre pour dépenser.

Quant fût arrivé l’âge de m’engouffrer dans une vie d’« d’adulte responsable », j’ai ainsi décidé de ne pas suivre cette voie, aussi effrayante qu’insensée à mes yeux. Croyant que j’avais la possibilité de fuir cette société, je me suis mise à voyager. Tout ce que je voulais, c’était partir loin de tout, et vivre une petite vie tranquille, où je me contenterait du nécessaire. L’ensemble des biens que je possédais à l’époque rentraient dans mon sac à dos que je traînais avec moi de place en place. Et à force de voyager, je me suis vite rendue compte qu’on a vraiment pas besoin de grand chose pour vivre. Je n’achetais que des affaires de seconde main, ou, encore mieux, j’échangeais ou j’empruntais au fil de ma route, selon mes réels besoins. Moins j’en avais, et mieux j’étais. L’envie de posséder ne m’intéressait guère, je ne ressentais nullement cette insatiable soif d’achat incontrôlée, poussée par des besoins inventés par des gens s’ennuyant dans des bureaux.

Pourtant, sans même alors que je ne le soupçonne, il y avait bien, dans mon mode de vie, une tendance à accumuler. S’il ne s’agissait pas à proprement parler de biens matériels, ma vie de vagabonde se résumait à une accumulation : Nouveau lieux, nouvelles rencontres, nouvelles expériences. Une liste indéfiniment grandissante d’activités et d’aventures toujours plus impressionnantes. Il fallait bien que je me rende à l’évidence : moi aussi, j’étais devenu un produit de notre société de consommation.

Certes, je voyageais avec peu d’argent en poche et ma consommation ne se comptait pas en euros, en dollars ou en yens. Mais ma vie se résumait à une succession de nouveautés sans jamais que je ne m’engage dans quoi que ce soit. Dans aucun projet, ni envers personne, et encore moins envers moi-même.

Encore aujourd’hui, dès que je m’installe pour quelques mois, dès que ma vie se stabilise un minimum, mon cerveau ne peut s’empêcher de bouillonner  : Tiens, et si je partais faire du bateau-stop à travers l’Atlantique ? Et si j’allais traverser les steppes d’Asie centrale à cheval ? Et si j’allais passer plusieurs mois en ermitage, perdu sur le bord du Lac Baïkal ? Et si, et si… ?

C’est plus fort que moi. J’ai besoin sans cesse de me fixer de nouveaux objectifs, de cocher des cases sur ma bucket list. Sinon, j’ai l’impression de stagner, de ne pas avancer, de tourner en rond. J’ai ce besoin incontrôlable que tout ce que je vive doive être nouveau et unique. Et dans ce tourbillon frénétique, pourtant, j’essaie désespérément de m’accrocher à quelque chose. Mais mon envie incessante de bouger et conquérir le monde me l’interdit. Alors il est temps de choisir.

Je croyais être sortie de ce monde que je détestais, vivre en dehors de cette société, lui échapper. Et, finalement, sans même que je m’en aperçoive, elle m’a rattrapé. J’ai donc décidé que 2020 était l’année de l’engagement, de la concrétisation de tous ces nombreux projets que j’ai toujours eu et que je n’ai jamais réalisé. L’année où je dépose mon sac à dos pour de bon.

2 commentaires

  • Etienne

    Bonjour Suzanne
    J’ai fait ta connaissance ce w-e et j’ai zappé de vidéo en vidéo. Il y en a tellement que je n’ai pas tout vu, mais j’ai beaucoup apprécié le ton naturel et le partage de ton expérience en toute humilité en respectant le fait qu’on peut penser autrement.
    La vie est ainsi faite, d’une succession de décisions. Comme tu as déjà pu l’expérimenter sur le Chemin, il y a la voie principale et les variantes. On choisi une piste, parfois sans faire exprès ou par erreur, et on avance, mais on ne ré-écrit jamais l’histoire: que se serait-il passé si … ?
    Tu as bien fait de détruire ta bucket list, il ne faut pas regarder en arrière. On change en permanence et il faut regarder vers l’avant. On fait un choix, on prend une décision, puis ensuite on avance et on assume. Les envies importantes reviennent en leur temps.
    Tu vois, j’ai a peu près 2 fois ton age et je serai bientôt dans une situation de tournant qui peut, sur quelques points, ressembler à la tienne. Une fois libèré de mes obligations professionnelles (dès que possible n’est ce pas), je vais pouvoir faire des activités mises de coté jusqu’à présent par ce que incompatibles avec les engagements précédents.
    Je ne vais pas raconter ma vie ici, ce n’est pas l’objet. Je voulais juste te dire d’avancer sans jamais rien regretter.
    Bien amicalement.
    Etienne

    • Suzanne - L'instant Vagabond

      Bonjour Etienne, et merci beaucoup pour ton commentaire 🙂 Ca me fait très plaisir de lire que toi aussi tu penses que la vie est mouvement, et que la meilleure des choses que l’on puisse faire c’est aller de l’avant. Je ne peux que t’encourager dans ce tournant de vie qui se présente bientot à toi. et je suis te souhaite de tout coeur de te rapprocher de ce que tu souhaites 🙂

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