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Randonner seule quand on est une femme : quels dangers et comment se lancer ?

Lorsque j’ai décidé de partir sur le chemin de Compostelle pour la toute première fois de ma vie, j’ai eu envie de me lancer seule dans cette aventure. J’ai donc commencé mon chemin du Puy en Velay, en France, et j’ai marché pendant 3 mois jusque Saint-Jacques de Compostelle, en Espagne.

Depuis, je randonne et bivouaque seule dans la nature, dès que je le peux. Et, étant donné que je partage mes aventures sur les réseaux sociaux et ici sur mon blog, je reçois souvent de nombreux retours. Certains me trouvent courageuse, d’autres me pensent inconsciente. Mais, l’un ou l’autre, ces commentaires renvoient à la même idée : c’est encore vu comme quelque chose de marginal de partir seule, à pieds, et encore plus quand on est une femme.

Alors, j’ai eu envie de partager mon ressenti et mon expérience dans cet article, surtout pour répondre aux questions qu’on me pose souvent lorsque j’évoque le fait de marcher seule en tant que femme. Et j’espère de tout cœur que ce partage pourra encourager d’autres à se lancer à l’aventure pour gouter à la liberté des chemins.

Que faire pour se sentir en sécurité en randonnée ?

Se sentir en sécurité lorsqu’on part à l’aventure seule, c’est certainement le point le plus important pour avancer sereinement. Personnellement, si je reste toujours vigilante, je me sens toutefois bien plus en sécurité seule loin de tout qu’en ville. Et cela s’explique tout simplement parce que toutes les mauvaises expériences que j’ai pu rencontrer et qui m’ont fait être ou me sentir en insécurité, ont eu lieu dans des endroits fréquentés, et dans mon quotidien en ville.

Alors, oui, forcément, de par mes expériences jusqu’alors je n’étais pas rassurée en partant seule. Parce que comme beaucoup, en milieu urbain mon lot quotidien était harcèlement, être suivie dans rue, menacée, traitée ou sifflée… Cela m’est arrivé tellement souvent que c’était devenu la seule réalité que je connaissais. j’avais donc peur que ce soit pareil sur les chemins, et encore plus peur du fait d’être isolée loin de tout dans la nature.

Pour me sentir en sécurité à mes débuts, j’essayais toujours d’être extrêmement discrète, de ne pas faire de bruit quand je traversais village… J’observais beaucoup, j’étais toujours sur mes gardes. Surtout pour poser mon bivouac, je vérifiais systématiquement que j’étais bien à l’abri des regards. Et puis, petit à petit, au fil de la pratique j’ai assimilé le fait qu’il y a bien plus de risques lorsqu’on est dans un lieu où il y a une forte concentration de personnes. Or, dans la nature, on est beaucoup moins. Et les risques qu’un potentiel assaillant vienne perdre son temps à arpenter la campagne, les forêts ou la montagne pour trouver une victime est plus mince que dans un milieu fréquenté. Et cela s’explique uniquement par le fait qu’il y a beaucoup moins de chance de trouver quelqu’un dans la nature.

Bien sûr, le risque zéro n’existe pas et il faut rester attentive, comme partout. Mais aujourd’hui, avec l’expérience et le nombre incalculable d’expériences positives suite à de nombreuses aventures et nuitées en bivouac solo, je suis beaucoup plus facilement en confiance. Et j’ai bien plus peur de traverser une ville, la nuit seule en tant que femme,que de marcher sur les chemins.

Et puis à force de marcher seule, j’ai aussi acquis une meilleure connaissance de mes capacités. J’ai retrouvé une certaine confiance en moi, et j’ai surtout allégé un bon nombre de croyances très limitantes qui m’ont permis de retrouver la foi en l’humain (grâce notamment à l’entraide et la bienveillance qu’on peut trouver sur les chemins).

As-tu déjà fais de « mauvaises rencontres » lors d’une aventure de randonnée solo ?

En randonnée, jamais. Par contre, il m’est arrivé de dire « non merci » à des personnes qui ne m’inspiraient pas confiance et qui m’invitaient (par exemple) à entrer chez eux pour prendre un café. Mais cela est rare, et j’ai (heureusement !) beaucoup plus rencontré de personnes bienveillantes et de confiance.

Toutefois, s’il arrive de croiser quelqu’un qui ait un comportement insistant ou problématique, on peut se rapprocher d’autres personnes en expliquant la situation (par exemple en frappant à la porte d’une maison, en rentrant dans un commerce…). Dans le cas où vous seriez seule en pleine nature, il ne faut pas hésiter à appeler quelqu’un (un proche, un ami ou même le gite ou refuge où vous allez dormir le soir pour expliquer la situation). Et si jamais vous vous sentez en danger (la personne vous suit ou est menaçante), alors il ne faut pas hésiter à appeler la police (ou même le 112 pour les secours).

Faut-il emmener dans son sac à dos de quoi se défendre ?

Personnellement , je ne prends jamais rien avec moi qui soit du « au cas où » lorsque je randonne. Sinon mon sac à dos serait bien trop lourd et trop gros ! Il est donc inconcevable pour moi d’emporter quelque chose qui serve uniquement à me défendre, dans le cas où je serais confrontée à une situation hypothétique qui nécessite de me défendre avec une arme. Cela reviendrait à considérer que je suis en danger constant et que cet objet de défense m’est donc essentiel lorsque je randonne.

Bien sûr, je ne dis pas qu’il ne faut rien emporter pour se défendre si vous ressentez le besoin. Le plus important c’est de se sentir en sécurité psychologiquement pour se lancer seule à l’aventure. Si cet avoir avec vous cet objet de défense vous rassure, alors prenez le ! Et qui sait, peut-être le délaisserez-vous en chemin !

Et pour avoir mon ressenti sur le sujet en images, c’est dans cette vidéo ⬇️

Comment gérer la peur de se faire agresser ?

La seule solution, à mes yeux, c’est de s’enlever de la tête que le monde est dangereux. Je sais que cela parait quasiment impossible, surtout lorsque qu’on est confronté quotidiennement aux violences psychologiques et physiques (via les médias, les réseaux sociaux, les témoignages ou même son propre vécu) et à la banalisation de comportements problématiques dans notre société.

Et justement, ce que j’aime sur les chemins, c’est d’être loin de tout cela. Je me sens libre d’être moi-même sans avoir peur de me faire embêter, harcelé, sifflée, regardée de travers et j’en passe. Attention, on est bien d’accord qu’on n’est jamais à l’abri de quoi que ce soit et qu’il ne faut pas tomber à l’inverse dans la confiance aveugle. Mais randonner seule m’a vraiment permis de « rééquilibrer la balance » quant à mes peurs et croyances.

Cela m’a également permis de prendre conscience de mes propres ressources et capacités à gérer les situations qui se présentent. Car oui, nous sommes tout à fait capable d’être vigilante, d’écouter notre instinct et d’agir en conséquence. Nous ne sommes pas des petits être fragiles et impuissants, comme certains aimeraient nous le faire croire.

Randonner seule peut vous donner une force et une confiance en vous inestimable. Vous êtes là personne sur laquelle vous pouvez compter le plus au monde. Tout est en vous.

Doit-on se méfier davantage lorsque l’on nous aborde en randonnée ?

Je dirais NON, du moins pas plus qu’ailleurs. C’est comme dans toute rencontre, quelle qu’elle soit. Et quand on est abordé, on a le droit de ne pas parler, de ne pas vouloir donner une information à une personne, de la même manière que dans la vie de tous les jours.

Il ne faut pas oublier d’écouter votre instinct et de placer votre sécurité à vous avant tout. Et ce, même si vous avez l’impression que votre ressenti sur une personne est fondé sur un jugement. Peu importe : si quelqu’un vous demande où vous allez et que vous ne le sentez pas, ne répondez PAS. Vous n’avez aucune obligation, vous ne devez rien à cette personne. Si la personne en face est bienveillante et que vous lui expliquez simplement ne pas vouloir donner d’informations pour votre sécurité, alors elle comprendra. En cas contraire, alors vous saurez que vous avez bien fait de ne pas donner d’informations à cette personne !

Comment se lancer seule en randonnée, malgré ses peurs ?

Se renseigner ! Sur les règles de sécurité, sur les bonnes pratiques, et sur ce qui vous fait peur en particulier. Je vous conseille vivement d’essayer de regarder chacune des peurs qui sont présentes en vous (ou qui viennent de votre entourage), et de vous renseigner sur chaque sujet en particulier. Car plus on apprend à connaitre quelque chose, et plus le voile de la peur se lève !

Pour aller plus loin sur ce sujet, je vous invite vivement à lire cet article complet : Bivouac et randonnée : comment dépasser ses peurs ?

Aussi, n’oubliez pas d’y aller étape par étape avant de vous lancer dans le vide. Vous pouvez vous entrainer petit à petit en amont, préparer et tester votre matériel lors d’une randonnée entre amis ou encore partir sur des petites distances dans des lieux proches de chez vous.

Enfin, si vous ressentez le besoin de prendre quelque chose pour vous sentir en sécurité (bombe au poivre, balise de détresse…), alors prenez-le. Il m’est arrivé certaines nuits de bivouac, notamment au début, de garder mon couteau opinel à portée de main, car cela me rassurait.

Que dire à ses proches pour les rassurer ?

Les membres de sa famille ainsi que les amis peuvent parfois ressasser les peurs et croyances limitantes et vous les partager. Dans certains cas, ils peuvent même vous dissuader de partir, tant ils sont inquiets des « dangers » qui vous attendent. Dans ce cas, il est important de leur expliquer votre projet. Prenez du temps pour leur présenter votre pratique et leur donner tous les renseignements dont ils ont besoin. Vous pouvez leur partager l’itinéraire précis que vous allez emprunter, et leur montrer que vous êtes bien préparé et que vous ne partez pas dans l’inconnu total.

De plus, il est important avant votre départ de donner les lieux où vous allez à votre entourage, ainsi que vos dates de départ et retour. Non seulement cela contribue à rassurer vos proches, mais cela permet aussi d’avoir une personne de confiance que vous pouvez appeler à tout moment. Et si besoin, vous pouvez aussi envoyer un message par jour à vos proches pour leur indiquer votre avancée au cours de votre aventure. Évidemment, n’oubliez pas de préciser qu’il peut y avoir un peu de latence dans les messages si vous n’avez pas de réseaux.

Et pour aller plus loin sur le sujet de la sécurité en randonnée et bivouac, je vous invite à lire cet article : Bivouaquer en toute sécurité

Pour rassurer vos proches, vous pouvez aussi réserver les premiers gîtes (ou même tous les gîtes) où vous allez dormir au cours de votre aventure. Vous pourrez ainsi donner l’ensemble des adresses et contacts à votre entourage avant de partir.

Si cela s’avère vraiment nécessaire parce que vos proches sont réticents, il est possible de s’équiper d’une balise GPS, ou de mettre une application sur son téléphone qui permet de suivre son avancée grâce à la localisation GPS de l’appareil. On peut aussi s’équiper d’une balise de détresse (qui permet de contacter les secours en cas de problème), mais cela est assez couteux et s’applique surtout si vous partez en montagne.

Enfin, si la peur de vos proches reste forte, vous pouvez en dernier recours leur proposer de marcher avec vous sur les premiers jours. Ils pourront ainsi se faire une idée concrète de ce qui vous attend !

Voilà vous connaissez maintenant tous mes conseils pour partir seule à l’aventure en tant que femme ! J’espère que cela pourra vous aider à vous lancer vous aussi ! Et pour plus de conseils et astuces sur le sujet, ces articles devraient vous intéresser : Bivouac : comment dépasser ses peurs ? & Pourquoi voyager en solitaire ?

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