L instant Vagabond
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Pourquoi marcher ?

Suite à la vidéo que j’ai réalisé à mon retour de Compostelle, dans laquelle j’explique pourquoi j’aime tant marcher, j’ai eu envie d’écrire un article sur le sujet.

Pour répondre à cette question, je me suis imprégnée du livre Marcher, méditer de Michel Jourdan et Jacques Vigne*, que j’avais lu il y a quelques années et qui m’a beaucoup inspirée et poussée à partir marcher.

On vit aujourd’hui dans une société où tout est fait pour qu’on soit occupé, diverti tout le temps, nos sens et notre attention sont constamment stimulés. On est toujours affairé, accaparé par les sources technologiques qui nous interrompent sans cesse, on fait trois choses à la fois, on s’éparpille. Bref, on vit dans une agitation frénétique et moi, ça m’étourdit.

Marcher, c’est donc pour moi la solution. Je me déconnecte de cette hyperactivité dans laquelle je vis au quotidien, pour me reconnecter avec moi-même et avec la nature.

L’environnement dans lequel on évolue a une grande influence sur nous. On absorbe tout ce qui nous entoure par le biais de nos impressions sensorielles. Et aujourd’hui, la seule source qui nourrit nos sens n’est souvent plus que la vie artificielle que l’on mène en ville. D’où mon besoin d’aller passer du temps dans la nature, pour m’imprégner d’un environnement calme et harmonieux.

D’ailleurs, il est prouvé scientifiquement** que la marche stimule l’esprit : en marchant , le soi n’est plus étouffé et la créativité originelle présente au fond de nous peut rejaillir. Dès que je vais marcher une après-midi ou une journée toute seule, de nombreux déclics se font dans mon esprit, je trouve les réponses aux petits problèmes que je rencontre dans mon quotidien. Marcher me débloque des portes et rebooste mon énergie créatrice.

Et puis, la marche me plonge immédiatement dans un état méditatif. L’action de marcher en silence, au bout de quelques minutes seulement, me fait déconnecter. Et soudain, je laisse mes pensées défiler. Je lâche prise. Et, comme par magie, mon esprit se détend.

De fait, marcher en immersion dans la nature diminue la distraction provoquée par les sens, notre agitation mentale va ainsi ralentir pour nous permettre d’accéder à un état de concentration. C’est ainsi que la marche va pouvoir agir de la même manière que la médiation, comme lorsqu’on est assis dans un train et qu’on regarde le paysage défiler par la fenêtre, les pensées glissent dans notre esprit sans qu’on s’y arrête.

Et c’est de cette façon que nous allons, naturellement, nous retrouver ancré dans le moment présent. On ne va plus s’attacher aux pensées qui nous préoccupent sans cesse. On va les laisser aller et venir, pour se concentrer sur ce qu’on est en train de vivre, ici et maintenant. Marcher une journée c’est prendre le temps de vive, et cela vous prend tout votre temps, celui de vivre.

En parlant de temps, marcher me permet aussi de ralentir mon rythme. Dans mon quotidien, j’ai toujours l’impression que le temps m’échappe et file à une vitesse terrifiante. Marcher me fait réapprendre la lenteur en transformant mon rapport au temps. Pour échapper à la course déclinante que nos âmes sur la terre mènent contre le montre, rien ne vaut que de se déplacer lentement, pas à pas. Baissons l’allure et le temps lui-même par un étrange effet d’imitation ralentira son débit. (Sylvain Tesson, Petit traité sur l’immensité du monde).

En plus ralentir le temps, marcher me fait revenir à mes sources. Lorsque je marche, je me sens à ma place. Au bon endroit, au bon moment. La marche dépouille l’individu, jusqu’à ce qu’il vive dans l’essentiel du paysage.

J’aime cet état de dépouillement, aussi bien physique que mental, que la marche procure. Dans le premier sens, marcher nous fait revenir à l’essentiel. Par soucis de poids, on ne porte dans son sac à dos que le strict nécessaire. On est donc contraint à se distancer de l’abondance d’objets matériels desquels on a l’habitude d’être submergé. C’est en partant en randonnée que j’ai véritablement compris que l’on n’a pas besoin de grand chose pour vivre. Il est vrai qu’un certain nombre d’objets facilitent notre quotidien, mais ce ne sont pas ces possessions matérielles qui nous rendent heureux. Au contraire, sur le chemin, on va apprendre à apprécier pleinement le peu que l’on possède.

L’autre aspect du dépouillement qui opère en marchant est d’ordre psychologique. Un dépouillement d’autant plus facilité par le cadre de la nature. En évoluant dans cet espace complètement ouvert, nous pouvons faire tomber nos barrières mentales, qui se sont construites petit à petit, par le conditionnement psychique de notre enfermement en ville.

Sur les chemins, loin de cette vie artificielle que l’on mène, on se retrouve en contact avec nous-même et avec la nature. Marcher c’est suivre des sentiers en harmonie avec la respiration de la terre, avec les pulsions du paysage. La marche renouvelle notre perception du monde.

J’ai toujours relativisé le fait que nous, êtres humains, nous auto-proclamons le centre du monde. Mais lorsque je me trouve en immersion dans la nature, en observant humblement autour de moi, c’est là que je retrouve ma place dans l’univers. Et dans celui-ci, qui est un tout, les humains ne sont pas plus qu’un grain de poussière. En marchant, ce n’est plus le son de son corps qu’on écoute, c’est l’harmonie du monde qu’on entend.

La marche est ainsi à mon sens un véritable éveil de soi, elle fait évoluer notre regard sur le monde extérieur et sur notre monde intérieur. La véritable marche est un voyage en nous-même, vers la connaissance intérieure, un voyage qui nous fait sortir de nos habitudes mentales. Cela purifie les sens qui sont d’habitude incessamment stimulés et donne plus d’acuité à notre regard.

Enfin, il y a une dernier aspect, très simple, qui me plait lorsque je pars à pieds : la marche est une énergie gratuite et écologique. Et quelque part, marcher, c’est pour moi une forme de désobéissance civile, une manière d’échapper à la vitesse imposée par notre société. Au XIXème siècle, Thoreau suggérait d’ailleurs que marcher pour se rendre d’un lieu à un autre lui prenait moins de temps que de travailler pour payer le train sur cette distance. Je ne sais pas si cela s’avère encore véridique aujourd’hui avec la voiture, mais ce serait très intéressant à vérifier !

Marcher, c’est jeter montre et pendule, être hors du temps, vivre pour toujours.


*Toutes les citations présentes dans ce texte dont la source n’est pas citée proviennent du livre Marcher, Méditer de Michel Jourdan et Jacques Vigne. Pour se le procurer, il est disponible ici.

**Une étude du biologiste américain V. Chapette met en évidence que la marche éveille l’hémisphère droit du cerveau et lui fait produire des endorphines causant son état d’hyper lucidité. C. Dreyfus, Le Troisième souffle, Le Nouvel observateur du 22 Novembre 1976.

8 commentaires

  • france55

    Finalement ce matin j’ai pu lire tout ton texte et je suis bien d’accord avec toi que la marche c’est une bonne chose pour le physique et le mental puisque les deux vont de pair. Alors continuons a marcher le plus possible. C’est un bien beau texte que tu partages.. BRAVO. Il y a aussi l’aspect economique a faire un voyage a pied. Ce genre de voyage est bon pour la planete n’est-ce pas? il est certain que nous apprenons a aaprivoiser les distances. Plus on marche moins on craint que 5 ou 10 ou 20 km c’est trop pour nous. Bref… il faut marcher pour decouvrir que c’est l’activite physique la plus naturelle. A+

    • Suzanne - L'Instant Vagabond

      Merci France pour ton commentaire ! Comme toujours j’aime te lire car c’est vrai qu’on a beaucoup de points en communs et je crois qu’on se retrouve sur beaucoup de sujets ! Ton départ approche je te souhaite beaucoup de plaisir sur le chemin !

  • Dominique MARTIN

    Superbes photos, très inspirantes !! Une petite remarque : les parties écrites en jaune dans ton texte sont très peu visibles pour un vieux bonhomme comme moi !

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